Qui a dit que la musique adoucissait les mœurs ? S’il fallait faire confiance à ce vieil adage, Jazz Maynard offrait, dès le premier tome, tous les arguments d’un paisible polar américain des années 50 : une couverture présentant un homme, trompette à la main, des couleurs sombres évoquant une ambiance tendue et pesante, et surtout un titre qui, à lui seul, transportait littéralement le lecteur dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Oui, mais voilà… Si les premières pages du triptyque pouvaient effectivement abonder dans ce sens, la suite aura permis d’apporter un démenti catégorique. Tout d’abord, l’endroit : l’Espagne en lieu et place des États-Unis et plus précisément El Raval, un quartier malfamé de Barcelone. Puis la musique, qui ne montre finalement que le bout de sa note, très vite remplacée par les poings et les pieds de Jazz qui virevoltent dans un ballet digne des plus grands chorégraphes. Enfin, l’apport d’une petite touche asiatique par l’intermédiaire d’athlétiques gaillards, torses nus et katana à la main. Entre réseaux de prostitution, drogue, affaires familiales, trahisons, ou autres crimes crapuleux, tout ce petit monde s’affronte dans une implacable lutte de pouvoir.
La trilogie trouve son épilogue dans Envers et contre tout. L’heure de l’ultime règlement de compte a sonné, les forces en présence se toisent du regard avant l’assaut final. Une ou deux pages pour remettre le lecteur en selle, histoire de resituer le contexte : le maire de Barcelone est assassiné, le commissaire Blanc a récupéré auprès de Lucia des documents compromettant Cébes… et c’est parti ! La jeune journaliste est enlevée et la danse des flingues, armes blanches ou autres uppercuts peut commencer. Très peu de temps morts dans le récit, ce qui est loin d’être le sort réservé aux combattants, dont nombreux sont ceux qui restent sur le carreau . Les têtes tombent au rythme des lames affutées, maniées de main de maître par de véritables machines à tuer. Quelques révélations et trahisons permettent de temps en temps de reprendre son souffle entre deux fusillades. Mais pour le reste, il faut bien avouer que ce dernier tome manque d’une touche de finesse. Même le dessin de Roger, excellent au demeurant dans les scènes d’action, est parfois un peu "too much", à la limite de la caricature. Ce qui présente l’inconvénient de relativiser les thèmes parfois très durs du scénario, notamment quand il s’agit de réseaux de prostitution infantile.
Il serait toutefois injuste de bouder totalement le plaisir procuré par ce dernier acte. Tous les éléments sont réunis pour passer un excellent moment de détente même s’il est légitime d’avoir pu attendre une série sortant un peu du lot après la lecture du premier tome. Il se dit d’ailleurs qu’un nouveau cycle est en préparation, histoire peut-être d’étoffer le personnage de Jazz Maynard qui demeure, pour l’heure, encore bien mystérieux.
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