- Tamara Drewe
- Simmonds, Posy
- Simmonds, Posy
- Simmonds, Posy
- Denoël
- 10/2008
- 978-2-207-26043-2
- 126
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"Tamara Drewe a les cheveux bleus et c’est leur couleur naturelle." Non, c'est seulement pour les besoins de la couverture. Celle qui, comme c’était le cas pour le précédent album de Posy Simmonds, Gemma Bovery, arbore une héroïne qui semble sortie du crayon de Will.
"Ah, Tamara, tu en auras fait faire des conneries…" Quelques-unes en effet, mais rien au final qui marquera les esprits une fois cette balade anglaise achevée. Pour en finir avec cette comparaison embarrassante et sans doute abusive, il suffit de dire qu’avec Tamara Drewe, le flacon est impeccable mais pour l’ivresse il faudra repasser, rien à voir avec l’enivrante Melody.
D’un point de vue formel, il est impeccable ce roman graphique. L’auteure a choisi de présenter toutes les voix off, celles qui font la part belle aux réflexions intérieures, sous forme de textes et d’exposer les scènes qui mettent en jeu les interactions avec les personnages par le biais de séquences dessinées. La mécanique entre les deux modes de narration est parfaitement huilée et l’on passe sans heurt de l’un à l’autre tout au long des 130 pages que compte l’album. Le trait, réaliste, est fin et clair, le jeu de couleurs délicat, usant à l’occasion d’une bichromie tout en légèreté pour évoquer les évènements passés.
Le bémol est plutôt à chercher dans la volonté apparente de vouloir révéler par des détails ce qui ne tomberait peut-être pas sous le sens, pour ajouter une pointe de cynisme le cas échéant, et dans le traitement insuffisamment abouti de certains thèmes pourtant forts intéressants.
Passons rapidement sur les moutons qui copulent en arrière-plan sur la couverture, même si au premier coup d’œil, l’astuce doit être en mesure d’alerter le lecteur pour en faire un complice qui guettera ensuite ce type de petits signes avec gourmandise. Dès lors, Il est facile de s’amuser en revanche du fait de voir trois, voire quatre, personnages féminins, d’âges différents, arborer le même t-shirt à rayures blanches et rouges. S’il y a une portée symbolique dans cet accessoire vestimentaire commun qui tendrait à démontrer que ces femmes ont en fait le même profil, et pourquoi pas le même destin, force est de s’incliner et d’oublier l’instant durant lequel on a pu le confondre avec un simple tic esthétique.
En ce qui concerne les thèmes, le choix d’un lieu de retraite pour écrivains et le parterre de profils qu’il accueille, la perspective d’une réflexion sur les affres de la création littéraire et la confrontation entre ceux qui ont rencontré le succès et les autres semblaient s’offrir un bel écrin. Le sujet tient d’ailleurs la corde un moment, sans que la soif de le voir creuser plus profondément soit assouvie, même s‘il se taille une part non négligeable dans la première partie du récit, la plus intéressante. Le malaise d’une jeunesse locale qui ne parvient pas à tromper son ennui est essentiellement abordé par le biais du comportement d’une groupie, avec tout ce que cela comporte de caricature. Rien à voir avec l’excellent Tout doit disparaître de Simon Hureau et son duo d’adolescentes qui, à l’origine, ne sont pas dans un état d’esprit si éloigné de celui des Casey et Jody de Posy Simmonds se morfondant dans leur "trou".
Les situations liées à l’infidélité et aux relations intimes, superficielles ou non, comme l’opposition entre la nature et l’intensité des sentiments sont abordées, sans aucun doute, mais elles sont assez rapidement mises au service d’une comédie sentimentale qui manque d’envergure. Pour qui voudrait sonder les causes profondes qui font que Beth a renoncé à garder son mari pour elle seule et se contente du numéro qu’il lui joue, on n’ira pas bien loin alors que son cas ne semble pas être unique. Lorsqu’il s’agit de saisir les motivations qui semblent pousser Nick à aligner les conquêtes plus qu’à chercher le contact de muses, si c’est bien du démon de midi dont il est question, il apparait bien vite comme un simple type qui obéit simplement aux signaux lancés par sa braguette. Un poil décevant. Glen aurait pu faire un loser de bonne tenue. Il est seulement un average guy, un peu médiocre, qui obtiendra une petite satisfaction professionnelle qu’il accueille en esquissant un pas en arrière plutôt que de lui ouvrir les bras.
Tamara, elle non plus, n’échappe pas à un portrait en demi-teinte. Elle est d’abord magnifique, provocante, telle une petite vamp de province qui a décidé de changer son image (nouveau symbole avec le nez…) Le thème du retour au bercail dans le but de mettre le feu dans le landerneau a déjà donné lieu à des récits tumultueux et réjouissants, surtout lorsque les matous locaux n’attendent qu’une étincelle pour sortir de leur torpeur. Là, rapidement, Tamara rentre dans le rang. Faut-il voir une leçon, une morale, dans le fait que le rôle ne lui convienne pas vraiment et qu’elle se trouve piégée dans des idylles très ordinaires ? Même si elles sont vécues en compagnie d’hommes qui ne le sont pas tout à fait du fait de leurs situations sociales. Tamara est une fille assez ordinaire. Dont acte.
La lecture s’achève et le premier sentiment qui s’en échappe, c’est que Tamara Drewe est remarquablement construit, séduisant à bien des égards, plastiquement intéressant. Il n’y a aucune raison pour ne pas en recommander la découverte. Pourtant, sous ses atours de pièce de théâtre très british avec ce que cela suppose de trait d’esprit, sa manière de butiner les sujets, de faire éclore les thèmes qui parlent à ceux qui ont déjà atteint un certain âge (disons les quadras et leurs ainés), mais sans en tirer une réflexion plus dense que ce qu’il propose dans sa seconde partie assez ordinaire, se révèle frustrante. Sans que l’impression d’être passée à côté de quelques choses laisse planer un véritable doute ou que l’on soit en mesure d’affirmer que c’est lié à son statut d’adaptation d’un roman. A ranger dans la catégorie « Bouquin dont on aurait aimé être fou ».
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