- Le bâtard
- 1
- Gaudin, Jean-Charles
- Sieurac, Laurent
- Alquier, Fabien
- Soleil Productions
- 09/2008
- 978-2-302-00299-9
- 46
- 13515 fois
Tout comme les éditions Delcourt il y a quelques mois avec Ex-Libris et des textes fondateurs, Soleil lance Cherche Futurs, une collection destinée à des adaptations d’œuvres-phares de SF et Fantasy. Pour l’inaugurer, l’éditeur a choisi la mise en BD du premier cycle de L’Assassin Royal, la saga à succès de l’Américaine Robin Hobb, achevée en treize romans dans sa version française.
Adapter un ouvrage soulève toujours de nombreux débats et conduit à d’éventuelles déceptions d’amateurs de la première heure, tant au niveau du scénario que de la mise en images. Ce premier tome, intitulé Le Bâtard, n’y coupe pas et c’est avec une certaine crainte que les lecteurs de Robin Hobb l’ouvriront. Néanmoins, il apparaît rapidement que Jean-Charles Gaudin (Les Arcanes de Midi-Minuit, Le Feul, Marlysa) suit pas à pas la trame générale de la romancière américaine. C’est ainsi que le lecteur découvre la vie de son héros, Fitz, depuis son arrivée à Castelcerf, jusqu’à sa découverte de la ville dévastée de Forge, en passant par ses différents apprentissages, ses longues heures de solitude, ainsi que ses amitiés et inimitiés. Tous ces éléments sont amenés de telle façon qu’ils rendent bien ce que peut-être l’existence d’un jeune garçon laissé plus ou moins à lui-même. Cependant, de nombreux aspects essentiels pour la suite s’avèrent à peine abordés ou tout juste survolés. L’affinité du héros avec les animaux comme l’importance de l’Art semblent n’avoir qu’une place très congrue dans ce premier volet. Par ailleurs, tant de bribes de pistes sont lancées, sans qu’aucune ne ressorte vraiment, que même le néophyte peut chercher le fil qui les lie toutes. Il est donc un peu dommage que ce tome de présentation, jouant toutefois son rôle, soit aussi laconique sur les enjeux de l’intrigue.
Mais la plus grande déconvenue provient du graphisme et des couleurs. La couverture extrêmement bien léchée de Didier Graffet évoque une ambiance qu’on ne retrouve absolument pas à l’intérieur. Le dessin de Laurent Sieurac (Les Princes d’Arclan, La Geste des Chevaliers Dragons, Les Prophéties Elween), totalement différent, paraît presque sans vie et trop lisse en comparaison. Si l’univers fantastique aux accents médiévaux qu’il imagine convainc, la similitude entre plusieurs personnages masculins – Burrich et Vérité en particulier – empêche de les distinguer clairement, quand la teinte de leurs cheveux ne varie pas d’une scène à l’autre. En outre, comment ne pas déplorer la mise en couleurs plate et figée de Fabien Alquier (Les Princes d’Arclan, Nina Tonnerre, Marie des Loups) ? Certains de ses effets sont par ailleurs gâchés par les hachures sombres du dessinateur pour accentuer et souligner les ombres. Ces traits noirs joints aux aplats rongent les visages quand ils ne les déforment pas et font double emploi. Les pages exemptes de ce défaut passent bien mieux que les autres. Notons également que Laurent Sieurac livre quelques paysages réussis et fouillés, à l’image du Bourg de Castelcerf s’éveillant à l’aube ou du château sur lequel souffle une tempête de neige.
Le Bâtard laisse une impression mitigée. Tout en respectant l’œuvre originale, le scénario pâtit d’une certaine imprécision, tandis que le dessin manque de substance et de vivacité. Il ne saurait satisfaire entièrement celui qui connaît déjà les romans ni séduire totalement le néophyte. Espérons enfin que les erreurs et maladresses actuelles seront corrigées par la suite.
>>> Voir la preview du tome 1 de L'Assassin Royal
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