Dans toute série ou roman policiers, le lecteur attend impatiemment le mot de la fin, l’affrontement entre l’enquêteur et le coupable. Si celui-ci et ses agissements sont clairement identifiés, l’intérêt tient à la manière et aux éléments qui permettront de le démasquer. Il en est de même dans ce douzième et dernier volume de Death note.
Depuis le début, on sait que Light est Kira et que, même s’il a délégué ses pouvoirs, il reste le cerveau qui organise la mort des criminels et autres contrevenants à l’ordre – du moins à l’ordre qu’il entend établir. Ce qu’on désire connaître et qui a longuement été préparé par Tsugumi Ohba, c’est qui gagnera, comment et en usant de quels stratagèmes. Les siens ont déjà été vus à l’occasion de la mort de L et de la fin d’Higuchi, éphémère porteur du death note. Le lecteur s’attend donc à ce qu’il montre une nouvelle fois ses capacités d’analyse et d’anticipation pour un résultat des meilleurs. Reste Near et son plan dont on ignore les tenants et aboutissants exacts mais que quelques légers détails ont laissé paraître un peu compromis. Le public espère aussi voir quel dénouement et quelle justice auront été choisis. Celle de Kira qui prône la mort des malfaiteurs ou celle du SPK et du bureau d’enquête japonais qui souhaitent les voir emprisonnés et purger leur peine ? En somme, la réponse à un débat sur la peine de mort qui a couru sur toute la série, mais que la multitude d’évènements à souvent mis en sourdine.
L’issue du duel entre Light/Kira et Near occupe presque tout le volume, cependant si tout se décide en moins d’une heure, celle-ci semble durer une éternité. Quoiqu’habitués aux longues démonstrations logiques des principaux protagonistes, cette fois-ci le lecteur doit particulièrement se concentrer à la lecture des abondants monologues qui se succèdent afin de ne pas laisser échapper le moindre détail qui pourrait s’avérer essentiel pour bien saisir les combines de chacun. Lorsque la règle des quarante secondes prend effet, on ne peut s’empêcher de s’étonner de la lenteur à laquelle elles s’écoulent tandis que le scénariste expose les réflexions intimes de Light ou les explications de Near… Quant au dénouement en lui-même, il s’avère prévisible, après avoir tenu le public en haleine – et un peu essoufflé – de bout en bout. L’ensemble est bien ficelé et ne manque pas d’intérêt. Quelques surprises ont été glissées pour augmenter l’intensité du récit, comme l’intervention d’un Matsuda blessé dans la confiance et l’amitié qu’il accordait, et celle de Ryûk qui met fin à son rôle de spectateur. Le plus inattendu est sans doute de se rendre compte que la conclusion était annoncée dès le premier volume…
Néanmoins, il est difficile d’être totalement satisfait de ce final. Quelques invraisemblances ont un goût amer, comme cette incroyable capacité de recopier un cahier entier en une seule nuit et d’en fabriquer un autre similaire. Par ailleurs, certains seront peut-être déçus par l’attitude de Light, qui avait toujours dominé ses émotions jusque-là, brillant également par sa capacité à manipuler son entourage. Ici, acculé, malgré quelques tentatives de bluff peu crédibles et un exposé sur sa conception de la justice et de sa propre déité, il sombre dans le pathétique grotesque. Perdant tout contrôle de lui-même, il réagit violemment à l’instar de l’antipathique Higuchi. Dommage, on attendait plus de classe et de tenue de sa part.
Quant au dessin de Takeshi Obata (Hikaru no go), il est toujours d’aussi bonne facture et efficace. Rien que pour ses cadrages cinématographiques, son réalisme et la puissance qui se dégage du rendu des émotions diverses, il mérite qu’on s’y arrête. Enfin, les pages de l’épilogue, en deux parties, valent la peine qu’on lise cet album jusqu’au bout, en particulier pour cette procession nocturne finale dépourvue de tout dialogue mais qui en dit très long.
Les auteurs de Death note auront su tenir en haleine leur lectorat au cours de douze volumes plus ou moins réussis. Depuis le tome 7 et la mort de L, le récit avait souvent été un peu poussif et moins totalement prenant qu’auparavant. Néanmoins, il s’achève de façon plutôt satisfaisante.
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