Avec Green Arrow, l’univers DC s’est enrichi de l’un de ses héros les plus attachants. S’il ne possède pas de superpouvoirs, il peut, à l’instar de Batman, compter sur sa volonté et une extraordinaire ingéniosité. Mais c’est sa personnalité qui séduit le plus, celle d’un libre d’esprit, d’un séducteur aux mœurs légères et métissées. Robin des bois des temps modernes, fasciné par Errol Flynn, l’Archer vert lutte au nom des opprimés, des exploités avec humour (les fameuses flèches gadgets !) et compassion. Anar gaucho au pays de l’Oncle Sam, le personnage d’Oliver Queen détonne et fait paradoxalement figure d’extra-terrestre au sein de la Ligue de Justice. A cet égard, Green Arrow doit énormément au run de Kevin O’Neil et de Neal Adams qui, dans les années soixante-dix, livraient un scénario inspiré, mâtiné de préoccupations sociales et auréolé d’un discours engagé. Aussi, et de prime abord, le lecteur, effrayé par les affres de la continuité, saura gré à Andy Diggle d’avoir retracé les origines de ce playboy désinvolte s’éveillant à une conscience politique et se trouvant enfin une raison d’être.
De fait, le scénariste britannique propose un récit agréable et distrayant malgré quelques incohérences ou une conclusion un rien facile et expédiée. Rien de très original sans doute mais l’histoire est rythmée, le découpage nerveux, les fondations sont posées et certaines situations se font l’écho de péripéties à venir et relatées par d'autres. L’aventure porte son lot de révélations, de la genèse du costume à celle du sobriquet en passant par l’évolution des convictions d’Oliver quant à la lutte des classes. Autant le dire, Green Arrow : Année 1 donne dans l’efficace et le rondement mené. Somme toute un bilan comptable à l’équilibre, le tout en un peu moins de 150 pages, fan service inclus. Bref, de la relecture de super-héros à l’économie, tendance dégraissage néolibéral et reader’s digest mais sans toutefois parvenir à gagner en intensité. Pas certain que le héros y retrouve ses petits.
Une narration en voix off à la première personne, lors des séquences où Queen se retrouve esseulé, offre à Jock, le vieux compère (Losers), de grandes planches où il fait montre de toute l'étendue de son talent. Dès que l’action s’emballe, le dessinateur opte pour ce découpage tout en superposition qui faisait déjà des étincelles sur la série Losers. Le dessin est maîtrisé, le cadrage très cinématographique. Mais une fois encore, l’album semble avoir fait l’objet de coupes budgétaires. Les pages de chapitrage en ont ainsi fait les frais. Tout comme des cases parfois désespérément vides où la représentation de la jungle se résume à l’emploi d’un vert de rigueur et à la vague apparition d'une branche de palmier…
Au fond, Green Arrow : Année 1 n’est pas un mauvais album, loin de là. Mais l’Archer vert méritait mieux que ce récit aseptisé réalisé par des faiseurs se contentant de capitaliser sur leur talent pour en récolter les dividendes... au risque de trahir l'esprit du personnage qu'ils mettent en scène.
>>> Lire aussi la chronique de Losers.
Les dernières chroniques
Une sélection d'albums chroniqués par notre équipe
Ric Hochet Ric Remix
Enfants de la mer (Les) 1. Les enfants de la mer
Pixels (Les) 3. Les Pixels et les mini dinosaures
Métamorphose iranienne (Une) Une métamorphose iranienne
Bonne nuit Punpun 1. Tome 1
Vénus du Dahomey (La) 1. La civilisation hostile
Ours-Lune (L') 1. Fort Sutter
Tombeau d'Alexandre (Le) 3. Le Sarcophage d'albâtre
Indociles (Les) 1. Lulu, fin des années soixante
Rising Stars 1. Acte 1
Extrait et Avis des lecteurs
Notez cet album
Avis des lecteurs
| Excellent |
|
| Trés bon |
|
| Bon |
|
| Moyen |
|
| Faible |
|
Les aventuriers du tableau perdu
Entretien avec Jérôme Félix et Paul Gastine
Rien, a priori, ne destinait L'Héritage du Diable à connaître un tel succès : la rencontre d'un jeune dessinateur avec un scénariste un peu plus aguerri, un thème, à première vue, lorgnant du coté du Da Vinci Code, une histoire d'amour avortée dès les premières planches. Six mois après la sortie du ... [Lire la suite]
L'enfer de la veuve poignet
Entretien avec Rica
Après une collaboration avec Antoine Ozanam (E dans l'Eau), Rica se lance cette fois seul dans l'aventure. Dérangeant, déroutant, pervers, glauque, cynique... Minus ne devrait pas laisser le lecteur indifférent. Un album à ne pas mettre entre toutes les mains, surtout pas les siennes. Minus est v ... [Lire la suite]
Trouver la bonne revue

Il existe en haut à droite du module "Revues" une liste déroulante qui vous permet d’accéder directement au numéro de la revue que vous recherchez.
Masqué - La nouvelle série de Créty et Lehman
Réintroduire des super-héros dans le paysage franco-belge était sans doute un pari un peu fou, mais Serge Lehman a de la suite dans les idées. Et c'est tant mieux, car l'accueil que réserva le public et la critique à La Brigade Chimérique (6 tomes parus aux éditions de l'Atalante) prouve, si besoin était, que les comics version européenne ont un av ... [Lire la suite]
Indociles (Les) 1. Lulu, fin des années soixante
Lulu et Jo vivent leur dix-sept ans dans le Jura suisse de la fin des années soixante. Pour tromper leur ennui, il y a le bistrot du coin, quelques discussions un peu passionnées sur fond de problèmes de société et de politique. L’un est rejeton de prolo, l’autre fils du propriétaire de l’usine d’ho ... [Lire la suite]
Agito Cosmos 1. Aquaviva
D'un côté, les membres d'équipage du SS Robin Suzumiya. Embarqués par le capitaine Spöring dans une mission d'exploration des fonds marins et de collecte des vestiges de la civilisation humaine, cela fait déjà quelques temps qu'ils sont en mission sans en connaître le véritable but. Loin à la surfac ... [Lire la suite]




















•