- Tome 1
- 1
- David, Peter
- Isanove, Richard
- Chung, June
- Fusion Comics
- 01/2008
- 978-2-356-16004-1
- 80
- 5922 fois
L’annonce de l’adaptation de ce monument de la littérature fantastique, point d’orgue de l’œuvre de Stephen King, a d’abord fait l’effet d’une bombe. Puis, presque immédiatement, la joie de retrouver cet univers magique qui a tenu en haleine des millions de lecteurs sur plus de vingt ans, a fait place au scepticisme le plus marqué. Le plus souvent en effet, dans le cas d’une œuvre qui frappe l’imaginaire, l’adaptation visuelle (dans le neuvième art comme dans le septième) suscite de nombreuses déceptions qui touchent aussi bien la représentation des personnages et des lieux que la densité narrative, forcément amoindrie pour obéir aux contraintes de ces autres médias. Ces derniers temps, de nombreuses adaptations réussies auraient pourtant pu atténuer ces craintes, mais peut-être la dimension extraordinaire de l’œuvre en fait une exception, fatalement vouée à être galvaudée. Et pourtant…
Serait-ce la présence de Stephen King lui-même au casting ? Ses incursions malheureuses hors de son domaine de prédilection ne prêchent pas en sa faveur… la caution de Robin Furth, un expert es Tour Sombre et auteur d’ouvrages de référence à ce sujet ? Peut-être mais qu’importe, laissons le suspense à ces spécialistes et dévoilons le pot aux roses : cet album est remarquable et, loin de trahir la série de romans, il vient la prolonger.
Les amateurs l’auront deviné à la lecture du résumé, l’histoire démarre au quatrième volume de la saga, Magie et Cristal, c’est-à-dire au tout début de l’aventure dans l’ordre chronologique. On ne pouvait mieux tomber, c’est sans doute le meilleur des sept romans, celui qui bénéficie du souffle du Western et de la féerie de l’univers fantastique de la Tour. Mais le coup de génie des auteurs est de n’avoir pas cherché à refaire le roman. Tirant partie de ce que peut apporter l’illustration, ils se sont focalisés sur les moments forts pour leur accorder le maximum de place en simplifiant au maximum la trame, sans pour autant la priver de sa substance. L’amateur aura ainsi l’impression de redécouvrir le mythique affrontement contre Cort, pourtant largement décrit tout au long de la saga. Autre passage mémorable, l’escalade psychologique dans le saloon qui pousse chacun des protagonistes à la limite de la rupture : un petit chef d’œuvre de découpage qui trouve autant son inspiration dans les grands westerns de cinéma que chez King (lui même ayant souvent avoué ses influences).
L’air de rien, le graphisme, très typé comics avec ses couleurs chaudes « luisantes » et ses gros plans géants à la Sergio Leone, est adopté en quelques instants grâce à la force du récit. Parmi les craintes majeures, celle de la représentation du héros n’était pas la moindre : Clint Eastwood ou Henry Fonda pour le regard bleu acier ? Ni l’un ni l’autre en fait, heureusement. En évitant le travers de ressemblances trop marquées, le dessinateur respecte l’imaginaire de chaque lecteur qui s’est composé son propre Roland. Dans un domaine comparable, les tableaux purement fantastiques faisant appel à la Magie, la Tour elle-même ou le Roi Ecarlate sont eux aussi abordés de manière suffisamment sobre pour ne pas choquer.
L’autre aspect déterminant dans la réussite de cette adaptation est celui qui sera le plus déroutant pour un non-initié. En reprenant d’emblée les dialogues et en particulier ce langage si étrange, le Haut-Parler, qui confère une grande noblesse aux seigneurs qui en font l’usage, les auteurs ajoutent ce dernier ingrédient qui permettra aux amateurs de se replonger totalement dans un univers qui leur manquait forcément depuis le point final mis en 2005.
Contre toute attente, donc, ce premier tome s’avère plus que prometteur, lançant cette mini-série comme un complément idéal à la saga. Prévue en trois tomes, l’adaptation ne se concentre pour l’instant que sur une infime partie de l’œuvre. Mais le succès aidant, qui sait si les auteurs ne se laisseront pas gagner par l’enthousiasme. Il y largement la matière pour réaliser des dizaines de volumes. En revanche, il est moins sûr que le lecteur occasionnel n’ayant pas lu tout ou partie des romans puisse s’y retrouver. L’appendice final pourrait les y aider, mais ils ne jouiront pas du même recul pour apprécier à sa juste mesure la portée de l’histoire. Si les deux tomes suivants sont aussi réussis, il leur sera sans doute difficile de résister à l’appel de quelques milliers de pages de plaisir supplémentaire : l'univers infiniment plus large des romans leur tend les bras.
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