Sans surprise, le handicap majeur de cet album est son absence d'unité, aussi bien scénaristique que graphique. Le lecteur se perd dans des styles très éloignés les uns des autres qui souffrent par ailleurs de la comparaison avec Buchet : difficile désormais d'imaginer cette série dessinée autrement que par lui. La chronique de Munuera satisfera malgré tout les lecteurs qui ont aimé sa Nävis, autre série dérivée basée sur la jeunesse de l'héroïne, et les planches d’Ignacio Noé ne manquent pas de charme.
Les histoires sont elles aussi de facture inégale. D'emblée, on se demande pourquoi la première chronique n'a pas été directement intégrée à la série Nävis à laquelle elle s'apparente indéniablement. Les trois suivantes sont d'un intérêt relatif et rappellent fortement quelques saynètes du hors-série Le Collectionneur : on y retrouve bien l'univers de la série, mais en aucun cas la profondeur des histoires. L’impression qui demeure est celle d’un morceau de scénario récupéré au fond de tiroir, duquel on tire un pseudo-collector-hommage en le faisant illustrer par des dessinateurs amis.
Seule la dernière chronique est réellement réussie : c'est celle qui porte le plus la "patte" de Morvan. C'est également celle qui se rapproche le plus de Sillage, y compris graphiquement avec le fond noir. Elle en a la force et la charme, ce mélange étonnant de science fiction, de conscience sociale, de politique et d'émotion. Il lui manque simplement la longueur, huit pages réussies sur quarante, c'est trop peu ! Bonne idée néanmoins de conclure l’album sur celle-là car on reste sur une bonne impression, mais l’arbre ne cache pas la forêt.
Sans réel intérêt pour les lecteurs qui ne connaissent pas ou n'apprécient pas la série mère, cet album laissera probablement les autres sur leur faim. Après un premier essai avec Le collectionneur, intéressant mais un ton en dessous et une première série dérivée, Nävis, également décevante, Delcourt ne parvient toujours pas à étendre le succès de Sillage à d'autres séries parallèles. Il serait dommage d'en ternir l'image à force d'essayer.
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