Par D. Wesel le 31/12/2007 |
 |
Par D. Wesel
Johanna est un auteur à part dans le microcosme de la bande dessinée et a l'art de se faire désirer. Elle fait ici son entrée dans le catalogue Futuropolis avec Nos âmes sauvages, son deuxième album autobiographique après Née quelque part aux éditions Delcourt. Cette partie d'elle-même qu'elle révèle dans son style habituel n'a rien de nombriliste et sert au contraire de vecteur à un message plus engagé, à savoir la sauvegarde de la planète et de sa diversité culturelle à l'heure de la mondialisation.
Johanna se met en scène et incarne le personnage de Nina, une jeune femme qui ne sait plus très bien où elle en est dans sa vie spirituelle et affective. Une relation trouble, un amour difficile à oublier, une perte de repères dans un monde en mutation... et la voilà qui se tourne vers le chamanisme pour trouver une réponse à ses questions. La vision qu'elle en propose ne va pas forcément à contre-courant de l'image que l'on a traditionnellement des rites des tribus dites primitives, avec leur folklore et leur décorum soigné, mais la rend plus crédible. L'auto-persuasion joue aussi sûrement un grand rôle. Comme on dit dans ses cas-là, il faut y croire pour le voir, à grand renfort de psychotropes si besoin est.
Johanna utilise un graphisme à la fois onirique et extrêmement dépaysant, empreint tout au long de l'album d'une douceur qui convient aussi bien aux rues de Paris qu'aux dédales d'une forêt perdue à l'autre bout de la Terre. Les couleurs lumineuses ajoutent une dose de poésie et aident les visions de Nina à prendre forme, brouillant la frontière entre fantasme et réalité. Le dessin se fait ainsi le prolongement d'une interrogation centrale du récit : et si, au bout du compte, il y avait autant de réalités que de personnes pour en percevoir ? Qu'est-ce qui est le plus important, le réel ou notre manière de l'appréhender ? Notre façon de voir le monde et d'y vivre ne peut-elle pas contribuer à le rendre meilleur ? Ces questions certainement un peu utopiques, l'auteur, à la fois actrice et spectatrice de sa propre histoire, les pose parmi tant d'autres dans une impression de désordre à l'unisson de son état d'esprit. Ou de celui de son alter ego. Décidément, la limite est bien floue entre Johanna et Nina, l'une ayant d'ailleurs utilisé l'autre comme pseudonyme pour une précédente réalisation ( Une par une, aux éditions de l'an 2). Ce questionnement autour de l'identité et de la place de chacun dans le monde qui l'entoure guide l'héroïne et nous entraîne à sa suite. Une des grandes forces de l'album est ainsi d'inviter à y prendre une part active et à partager les doutes de son personnage principal, même si les réponses de chacun seront forcément différentes.
Johanna offre donc un livre qui ne se lit pas comme une histoire mais comme un témoignage d'une époque où l'on doute de tout, en manque et donc en quête de spiritualité. Comme une bouée de sauvetage, le retour aux sources, à l'essence de la vie, apparaît comme la solution miracle. Reste alors à séparer le bon grain de l'ivraie, le charlatan du véritable ami, et surtout à rester les pieds sur terre, loin des idées reçues qui, à force de naïveté, apportent plus de déroute que de stabilité. Le regard que porte l'auteur sur elle-même et la mise à découvert des petits tracas de la vie quotidienne relancent également la question des priorités : a-t-on le droit de se plaindre alors que d'autres sont beaucoup moins bien lotis ? Peut-on réellement se demander comment épargner deux mille euros pour un voyage alors que d'autres se demandent comment ils pourront se payer à manger le lendemain ? Point de culpabilisme, toutefois, dans le chef de l'auteur. Cet ouvrage est surtout une saine démarche pour aller à la rencontre de sa propre vie, une simple observation du monde, avant d'être une charge contre la société iconographique de l'argent roi.
Johanna, artiste révoltée ? Peut-être, mais elle ne crie pas sa colère. Elle l'expose, tout simplement, comme si les injustices et discriminations étaient déjà trop criantes de vérité. Nina ne dit-elle pas qu'elle n'a rien à raconter, rien de sensationnel ? Effectivement, le sensationnel n'est plus que banalité, une banalité telle qu'on ne la voit même plus. Que faire ? Un livre ? Est-ce suffisant ? Au moins, une fois que l'on a été témoin de quelque chose, on ne peut pas dire que c'est rien, que c'est du vent, que ça n'existe pas !
Votre avis nous intéresse : Venez discuter de cet album dans les forums de BD Gest'
|
Les dernières chroniques
|

| Vinci 1. L'ange brisé Par Convard, Didier / Chaillet, Gilles Chez Glénat (Dépot légal : 09/2008)
|  La liseuse Consultée 246 fois | Abbaye de Vauluisant, 1519. A la mort de Léonard de Vinci et dans le plus grand secret, le roi François 1er confie aux moines un mystérieux tableau peint par le maître lui-même, mais malheureusement bien trop obscur pour être exposé aux yeux de tous.... [Lire la suite]
|
|

| Vitesse moderne Par Blutch Chez Dupuis (Dépot légal : 09/2002)
|  Anguss Consultée 215 fois | Commencer par fermer les yeux. Écouter au loin les premières notes de "Lola Rastaquouère" onduler parmi de grands ensembles, froids et immobiles. Puis Lola apparaît, belle et gracieuse, prête à entrer en scène. Premiers mouvements, premiers pas de da... [Lire la suite]
|
|

| Célestin Gobe-la-Lune 2. O charme citoyen... Par Lupano, Wilfrid / Corboz, Yannick Chez Delcourt (Dépot légal : 10/2008)
|  vacom Consultée 177 fois | Pour épouser la belle princesse Pimprinule et sortir de sa triste condition sociale, le jeune, beau et frêle Célestin, orphelin de son état, devait remporter les jeux du printemps organisés par le roi Maurice Ier. Contre toute attente, les choses ne ... [Lire la suite]
|
|

| Aux heures impaires Par Liberge, Eric Chez Futuropolis (Dépot légal : 09/2008)
|  Lelf Consultée 149 fois | Bastien est malentendant et vit relativement mal sa condition. Alors qu'il attend au Musée du Louvre son rendez-vous pour un stage que lui a trouvé sa compagne, il fait la connaissance d'un étrange gardien nommé Fu Zhi Ha. Ce dernier, atteint du même... [Lire la suite]
|
|

| Lancelot (Soleil) 1. Claudas des Terres Désertes Par Istin, Jean-Luc / Alexe Chez Soleil Productions (Dépot légal : 10/2008)
|  Marion N Consultée 134 fois | Abandonnant son royaume envahi par le seigneur Claudas, Ban de Benoïc fuit avec son épouse, son héritier et son serviteur Pharien, espérant trouver du secours auprès du roi Arthur ou de Merlin. Poursuivis, le roi meurt enlisé, tandis que sa femme par... [Lire la suite]
|
|

| Ecole bleue 1. Volume 1 Par Irie, Aki Chez Kana (Dépot légal : 10/2008)
|  Marion N Consultée 59 fois | Une queue s’agite sous une table. Y aurait-il un enfant-renard dans la classe ?
Jeux de regards et de volonté. Et si le tombeur tombait amoureux ?
Un mail arrive : la prof n’a pas de soutien-gorge. Branle-bas chez les primaires.
... [Lire la suite]
|
|

| Suckle, suivi de Crumple Par Cooper, Dave Chez Delcourt (Dépot légal : 10/2008)
|  Dado Consultée 3912 fois | L’univers de Dave Cooper est déjanté, il n’est qu’à parcourir les pages de Suckle et de Crumple, les deux premiers épisodes de sa trilogie, pour s’en convaincre (Lire la suite]
|
|

| Tamara drewe Par Simmonds, Posy Chez Denoël (Dépot légal : 10/2008)
|  Flocon Consultée 3085 fois | Pour les auteurs de tous acabits, amateurs ou confirmés, Stonefield est un lieu de retraite parfait. Beth Hardiman est aux petits soins avec ses pensionnaires, veillant à longueur de journée à ce qu’ils puissent se consacrer totalement à l’écriture. ... [Lire la suite]
|
|

| Chevaux du vent (Les) 1. Première partie Par Lax / Fournier, Jean-Claude Chez Dupuis (Dépot légal : 10/2008)
|  vacom Consultée 3967 fois | Haute vallée du Gange, Himalaya indien. Juin 1850. Kazi est un jeune sourd-muet. Cadet d'une famille de paysans, il survit plus qu'il ne vit dans un environnement hostile, entre la dureté de l'existence et la cruauté des enfants du village. N'y tenan... [Lire la suite]
|
|

| Constellations Dans le stade Par Daryl / Popcube Chez Ankama editions (Dépot légal : 10/2008)
|  Dado Consultée 3381 fois | En épigraphe de ce premier volume de Constellations, un extrait d’un poème de Robert Desnos, datant de sa période surréaliste :
« Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et d... [Lire la suite]
|
|
|
|