- Miss endicott
- 1
- Derrien, Jean-Christophe
- Fourquemin, xavier
- Fourquemin, xavier
- Le lombard
- 09/2007
- 978-2-8036-2239-9
- 77
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A l’image de ses auteurs, Miss Endicott est rusée. Dans une Angleterre victorienne où la place des femmes n’est pas sur le devant de la scène sociale (Lady Vivian Hastings l’avait par exemple rappelé récemment dans le premier tome de Long John Silver - Dargaud), elle, fait preuve d’un culot et d’une assurance qui la pousse à immédiatement se faire une place dans la communauté qui l’accueille. Sans doute quelques qualités ramenées des quelques voyages lointains qu’elle a effectués. L’héritage maternel semble également faciliter l’ouverture de quelques portes.
Nouvelle histoire de préceptrice qui va mettre le nez là où il ne faut pas ? (comme la toute en plastique Coraline de Songes – Les Humanoïdes Associés, et bien d’autres avant elle). Pas dans la demeure où elle officie en tout cas puisqu’on est vite fixé sur ce qu’abrite la seule pièce où elle n’est pas invitée à aller. Nouvel entourage mystérieux autant qu’hostile comme aurait pu le laisser penser le rapide portrait d'une a priori énigmatique cuisinière. Sa rencontre avec Prudence est à ce titre un joli contre-pied qui fera naître un sourire amusé. Nouvelle forte femme prompte à corriger le docker indélicat, quitte à employer des accessoires peu conventionnels ? Nouvelle société secrète réfugiée dans quelques couloirs à portée de mains mais inconnus du commun des mortels ? (pour ne pas dire moldu de base) Nouvelle immersion dans les ruelles d’une capitale stylisée façon carte postale d’époque qu’on a le sentiment d’avoir arpentée mille fois au détour de multiples livres ou films ?
Evoquer la nouveauté de cette manière c’est un peu une coquetterie pour éviter de dire que les mêmes plats sont resservis une fois encore pour tenter de faire du neuf avec du vieux. Pourtant ce n’est pas l’impression que laisse le premier tome de Miss Endicott mais plus celle d’appartenir à une veine classique qui a du charme.
Grâce au dessin en premier lieu. Il ne donne pas l’impression de revoir Mic Mac Adam par exemple quand bien même son souvenir vient inévitablement à l’esprit. Ce qui séduit en premier dans le trait de Xavier Fourquemin, c’est la qualité de ses perspectives et du rendu des profondeurs qui confèrent une impression de relief à de nombreuses cases avec une organisation des différents plans et donnent cette illusion. Ceux qui ont aimé les « gueules » d’Outlaw (Glénat) seront ravis, tout en se disant que les personnages ont dû aller faire une petite cure du côté de Marcinelle qui leur va bien au teint (jolies couleurs à signaler par ailleurs).
Conventionnel le scénario de J-C Derrien ? Sans doute un peu mais avec du savoir-faire. Il y a bien quelques figures particulièrement typées (le majordome, le duo de mauvais garçons préposés aux gags, l’assistant hors d’âge de la conciliatrice qui tous comme un seul homme vont tomber sous le charme de la jeune femme) et la menace qui gronde sous les pieds des londoniens n’a pas pour le moment le goût d’une ébouriffante surprise mais l’ensemble fonctionne. Parce qu’il y a certaines touches d’humour tout à fait modernes aussi, parce qu’il y a quelques fausses pistes de bonne tenue et que le final tient en haleine.
Les auteurs ont disposé de l’espace nécessaire pour installer personnages et intrigue (77 planches pour un premier volet c’est appréciable) qu'ils ont mis à profit pour créer cette sensation de découvrir un classique qui viendrait d’apparaître sur les étagères de son libraire. De toute évidence, le diptyque de Fouquemin et Derrien est respectueux d’une certaine tradition ce qui ne devrait pas manquer de lui offrir une place au soleil et répondre aux attentes d’une large catégorie de lecteurs. Ceux-là n’auront d’ailleurs pas à attendre bien longtemps puisque la seconde et dernière partie de l’histoire sera disponible dès le mois prochain. Dear Prudence comme disait John Lennon d'une jeune femme elle aussi férue de l'Inde …
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