Avec plus de 30 000 cas par an, le suicide apparaît comme un véritable phénomène de société au Japon, néanmoins c’est également un trait culturel puisque le seppuku, et le jigai pour les femmes, étaient ritualisés avec précision dans le Bushido. Que ce soit pour des raisons professionnelles, d’échec scolaire, de maladie, les motivations des Japonais pour attenter à leur propre vie sont souvent, mais pas toujours, liées à un sentiment d’obligation ou de dette non acquittée. Un des aspects les plus à la mode de cette pratique est actuellement le suicide collectif en ligne, des personnes se rencontrant sur internet et y programmant leur passage à l’acte.
C’est à ce sujet épineux que s’attaque Shinji Obara dans Go ! Go ! Heaven !, surtout connu par les férus pour ses travaux dans l’animation et les drama (il a collaboré à l’adaptation de Psychometer Eiji). Dans cette série en trois volumes, il suit le projet de mettre fin à leurs jours de quatre jeunes femmes suicidaires qui ont fait connaissance sur la toile et qui veulent partir en beauté lors d’un concert qui ferait office de sortie en apothéose. L’idée de base est intéressante et interpelle le lecteur. La dénonciation de l’individualisme et de la société de consommation à travers le parcours des personnages principaux et de leurs relations aux autres, à commencer par leur « manager » ou l’homme marié qui est l’amant d’Aya, attirent l'attention en particulier.
Toutefois le scénario manque d’épaisseur, le ton d’intensité et les protagonistes de relief, bien que la psychologie tourmentée des héroïnes soit développée dans ce tome 2. En effet, par le truchement d’interviews devant la caméra du journaliste Yazawa, l’auteur dévoile les secrets des quatre filles et donne ainsi leurs motifs d’en finir. Les raisons de Michaelle, Julia et d’Himiko reflètent un désespoir et un mal-être malheureusement mal rendus par la narration. Elles dénoncent également des réalités glauques, en particulier dans le cas d’Himiko qui entretient depuis l’adolescence une relation incestueuse avec son père. Mais là encore tout tombe à plat, ce qui est dommage. Quant au graphisme de Yuko Umino et à son découpage, ils n’ont guère d’originalité et restent relativement classiques. S’attardant sur les visages tout en détaillant aussi largement les décors, son trait est assez ferme mais laisse l’impression d’être inabouti et manque de caractère.
Le thème de Go ! go ! Heaven ! est particulièrement intéressant malheureusement le traitement de l'histoire ne convainc pas suffisamment pour qu'on s'y attarde longuement.
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