- Santa Maria Cristina
- 1
- Boisserie, Pierre
- Lambert, Eric
- Pradelle, Bruno
- Glénat
- 05/2007
- 978-2-7234-5858-0
- 48
- 5497 fois
A Genève, de nos jours, Antoine Chatel est depuis deux ans le secrétaire particulier de Charles Porter, le dernier nabab du cigare. Aujourd'hui, il découvre le corps sans vie de son patron, assassiné d'une balle en plein coeur, alors qu'il venait lui-même pour le tuer. Pris de court, il n'en perd pas le nord et trouve ce qu'il était venu chercher : les mémoires d'un certain Diego Antonio Castellano qui, en 1825, fuit l'Europe et son passé trouble pour embarquer à bord d'un négrier en direction de Cuba, la perle des Antilles. Là-bas, il espère profiter de l'abolition du monopole royal espagnol sur le commerce du tabac pour devenir cultivateur et négociant. Mais ni le voyage, ni la vie dans le nouveau monde ne sera une partie de plaisir...
Le contexte historique est riche, peu connu du grand public et apparemment bien maîtrisé par les auteurs, mais malheureusement trop peu exploité dans ce premier volume. Alors qu'il aurait été intéressant d'en apprendre davantage sur la culture du tabac, les spécificités de la vie locale ou la ville de La Havane, ces aspects du récit ne sont qu'effleurés et l'attention se concentre surtout sur une action pourtant fort peu passionnante. La faute en revient principalement à un problème de rythme entre des scènes inutilement tirées en longueur et d'autres au contraire trop vite expédiées, créant ainsi un manque d'équilibre sur l'ensemble de l'album. De même, alors que le destin tragique de certains personnages avait de quoi émouvoir, le récit est avare en sentiments, ce qui peut s'expliquer par des "héros" beaucoup trop caricaturaux pour qu'on s'y attache vraiment et dont les relations sont encore trop floues. Ajoutez à cela des dialogues souvent artificiels et une voie off empruntant un style trop ampoulé qui, la plupart du temps, tombe à plat, et la lecture pourra vite s'avérer laborieuse.
Ce manque de tension permanent n'empêche pas les auteurs d'aborder des thèmes intéressants tels que l'esclavage, le colonialisme, les différences de classe sociale ou le sens du sacrifice dont savent faire preuve ceux qui ont déjà tout perdu. Il est dommage que ces points n'aient pas été traités sous un jour nouveau.
Le dessin à quatre mains de Stalner (La Croix de Cazenac, Le Roman de Malemort...) et Lambert (Merlin) ne parvient pas vraiment à relever le niveau, d'autant que, s'occupant respectivement du crayonné et de l'encrage, ils ne peuvent échapper à la comparaison avec le travail autrement convaincant effectué par Loisel et Tripp sur Magasin général. Il faut toutefois souligner la volonté de diversification dont Eric Lambert fait montre, passant de l'heroic fantasy façon Soleil à la saga familiale made in Glénat. Hélas, son travail passe assez inaperçu tant c'est le style de Stalner qui ressort des planches finales, un Stalner qu'on a d'ailleurs connu plus inspiré. A l'image d'une couverture relativement convenue et peu aguicheuse, les décors auraient également gagné à être plus fouillés. Quant aux couleurs signées Pradelle et Langlois, elles se font discrètes, sans fausse note mais sans charme particulier.
La lecture se termine donc sur le même constat que pour Voyageur : un casting alléchant, quelques bonnes idées mais une histoire qui peine à décoller. Le deuxième tome se devra d'être plus abouti, notamment par une meilleure exploitation du fond historique et un développement plus en profondeur des personnages. Mais, dans l'état, ce n'est pas avec Flor de Luna que Cuba connaîtra une nouvelle révolution !
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