Ed Brubaker commence à faire partie de ces auteurs dont la seule présence du nom sur une couverture déclenche une sorte de réflexe pavlovien de lecture inéluctable. Il est d'ailleurs nommé aux prochains Eisner Awards dans la catégorie “Best Writer” en tant qu’auteur, ainsi que dans la catégorie “Best New Series” pour ce comics, dont ce tome regroupe les cinq premiers fascicules. Coutumier du monde du crime (Gotham Central, Sleeper, Catwoman, ...) et du développement du côté sombre de superhéros (Daredevil), l’assassin de Captain America demeure dans son domaine de prédilection avec cette histoire de gangsters.
S’appuyant sur les poncifs du genre (le braquage de trop, la femme fatale, le policier véreux, le barman bonne poire, le baron de la drogue, un passé commun regrettable, un agenda double …) Brubaker parvient à construire un récit efficace en donnant de l’épaisseur à des personnages qui ont certes le profil de l’emploi, mais ne tombent pas pour autant dans le piège des stéréotypes.
Pas de superhéros, ni de valise pourvu d’une arme banalisée et de 100 balles intraçables dans cet environnement très terre-à-terre où les magouilles et alliances sont omniprésentes, le sens moral ambigu, les protagonistes captivants et l’atmosphère pesante. Dans ce casting qui puise dans les bas-fonds d’une grande ville américaine et dont chaque membre passe son temps du mauvais côté de la loi, s’attacher à ce criminel au caractère atypique semble finalement être un moindre mal pour le lecteur. Avec Lâche, Brubaker met le courage de cet antihéros tourmenté à l’épreuve, le poussant à flirter avec les règles du milieu : celles qui permettent de rester en vie !
Pas de dessin flashy non plus, mais un encrage solide, un jeu d’ombres approprié et une colorisation de Val Staples qui colle parfaitement au décor et contribue à faire ressortir la noirceur du récit et des personnages. Sean Philips (7 Psychopathes, Sleeper, ...) arrive à rendre la moindre conversation attrayante et à l’envelopper d’une brume de suspicion et de mystère.
Les allures de one-shot de cet excellent premier volet qui saura ravir les amateurs de polars réalistes reflètent le concept apparent de vouloir construire chaque cycle de cette série autour d’un individu différent.
Découvrez également :
Le site d’Ed Brubaker
Le site de Sean Phillips
La chronique de Gotham Central, scénarisé par Ed Brubaker
La chronique des Sept Psychopathes, dessiné par Sean Phillips
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