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Une tragédie américaine
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L e premier contact avec ce curieux objet laisse quelque peu circonspect. Le quatrième de couverture de cet ouvrage de petite dimension mais fort épais nous promet qu’y sera révélé « l’un des secrets les mieux gardés du monde du comics américain depuis trente-cinq ans ». Mais cette assertion est due à Art Spiegelman et suffit à nous convaincre de sauter le pas. Grand bien nous en prend car, dès les premières pages, une sorte de magie opère, qui vient rapidement dissiper nos doutes.

L’album est introduit par un texte manuscrit qui d’emblée instaure un sentiment de malaise : à ceux qui lui demandent comment Waldo s’est imposé à lui, Kim Deitch, l’auteur, explique dans quelles circonstances il fût amené à le « rencontrer ». Mais qui est donc Waldo ? Quelques dessins (précisément des « model-sheets »), présentés en tête de l’ouvrage, nous familiarisent avec ce héros de dessin animé, sorte de Félix le Chat à l’œil vicelard. Ce ne serait pas une création de Kim Deitch car, en réalité, Waldo sortirait tout droit de l’esprit détraqué d’un certain Ted Mishkin, vieux briscard du cartoon américain dont on va lire l’étrange histoire.

On suit donc, dans ce récit aux points de vue multiples et à la chronologie éclatée, le parcours d’un génie alcoolique et cinglé qui participe un peu malgré lui à la fondation du cartoon américain dans les années 20. Cet homme nous est décrit avec subtilité dans ses faiblesses, il est touchant dans ses relations avec son frère comme dans sa maladresse avec les femmes. Véritable artiste, il s’avère peu à peu incapable de s’adapter aux exigences commerciales de son métier. Commence pour lui une longue période marquée par de fréquents séjours en « clinique ».

Tout cela n’est que fiction bien sûr. Mais plusieurs éléments invitent à une toute autre lecture. Ted a un mentor, Winsor Newton, qu’on identifie rapidement à l’authentique Winsor McCay, célèbre créateur de b.d., mais aussi pionnier de l’animation qui s’est vu peu à peu dessaisi de son indépendance artistique. Dès lors, le récit prend une toute autre dimension. À travers les destins croisés de ces deux hommes, c’est un pan de l’histoire américaine qui est évoqué et sur lequel est jeté un regard d’une profonde noirceur: Deitch dénonce comment se fit le dévoiement de l’Art au profit de la médiocrité, de la rentabilité à outrance.

Dans ce contexte, la figure ahurissante de Waldo prend toute sa mesure. Héros de dessin animé, il est le prototype de la créature rendue insipide par des hommes d’affaires sans scrupules. Pour Ted, en proie à des visions, il est un interlocuteur fantasmatique dont il croit fermement en l’existence. Expression de son inconscient, il assène sans tabou des commentaires à la fois vulgaires et extrêmement lucides sur les événements de sa vie. L’évolution de l’état psychique de Ted fera de Waldo, d’abord sympathique, une créature démoniaque.

Porté par un dessin qui fait s’entremêler avec brio des instants de clarté et des passages hallucinatoires, cet ouvrage est une véritable somme dont l’aspect fictif n'en souligne que mieux la force du discours. La tragédie du titre est celle d’une Amérique qui, pour reprendre les termes du titre original (The Boulevard of Broken Dreams), a brisé elle-même les rêves dont elle était porteuse.

Par Pierre
Moyenne des chroniqueurs
7.0

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