Par L. Cirade le 15/02/2007 |
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Par L. Cirade
Aujourd’hui, le Waverly Hills Sanatorium est promis à la démolition. Celui qui a accueilli, soigné et surtout vu mourir des dizaines de milliers de tuberculeux doit céder sa place à une monumentale statue de Jésus Christ. Pourtant, la nuit tombée, une vie semble toujours se manifester dans les corridors de cette immense bâtisse.
En 1951, Doris, elle-même autrefois pensionnaire de l’endroit, y amène Cora sa petite fille malade.
Ce premier tome de Pandémonium confirme le fait qu’on peut utiliser des ingrédients classiques du récit d’épouvante pour en faire un album probant. Un profond respect pour le genre, une mise en scène sobre et convaincue par le message qu’elle doit délivrer (nothing else but fear), une progression de l’histoire où les effets sont justement et graduellement dosés et l’amateur est prêt à se laisser conduire dans tous les endroits sombres, accompagné de toutes les silhouettes menaçantes. On sait Christophe Bec amateur authentique de films fantastiques, au sens large, et ce n’est pas une réelle surprise de le voir s’attaquer à un monument du genre : la maison, ou plutôt le bâtiment, qui suinte les évènements sanglants qui s’y sont multipliés au cours des années. L’endroit idéal pour plonger des créatures fragiles qui découvriront progressivement ce qui s’est passé entre ses murs, des multiples caves aux étages reliés par des escaliers et des couloirs tentaculaires.
L’entrée en matière suit les modèles en la matière : de l’époque actuelle pour prendre la dimension et matérialiser l’aura de l’endroit (il est toujours assimilable à une personne pour être totalement convaincant), un bond en arrière dans le temps s’impose pour percer l’origine du mystère. Et la nuit cède la place à une journée inondée de soleil, la campagne est verdoyante et l’automobile qui conduit la mère et l’enfant vers l’établissement de soins sillonne tranquillement une route qui ondule entre les pins. Pas question de jouer au décryptage intégral de l’album mais il est difficile de ne pas avoir en tête une image similaire à l’ouverture du Shining interprété par Kubrick (l’ombre de l’hélicoptère de la deuxième équipe en moins dans le plan, la BD a ses avantages). C’est peut-être un clin d’œil léger, le temps d’une case. Et si l’on veut jouer à ce petit jeu, il est possible de se faire un film en en relevant deux ou trois autres, au risque d’être piégé par un scénariste malin. Pas d’ouverture de portes d’ascenseurs pour déverser des flots de sang, ici ce sont les bains collectifs qui en sont remplis. Comme Jack avec sa courte phrase sur sa machine à écrire, la petite fille se met à reproduire le même dessin, celui d’une porte de chambre. Une chambre dont il ne vaudrait mieux pas pousser la porte : la 502 pour Cora, c'était la 237 pour le jeune Danny. Lorsque la mère de la petite fille la pousse pourtant, c’est un autre type de scène qui va la faire frémir. Contre-pied, lecteur tombé dans le panneau.
C’est un fait, les enfants peuvent voir des choses qui échappent aux adultes. « I see dead people » reste gravé dans les mémoires. Cora voit également (logique lorsqu'on porte un prénom dérivé de la pupille en latin), elle semble douée elle aussi d'un 6ème sens. Une silhouette à une fenêtre et c’est aussi le chef d’œuvre de Robert Wise, la Maison du diable, qui revient en mémoire, tout en suggestion et qui vous colle une frousse à laquelle tous les slashers grand-guignolesques ne pourront jamais prétendre. Un étrange homme noir joue un rôle ambigu avec la petite fille, à la fois captivant et inquiétant par ses airs de prédicateurs. Et c'est à nouveau un personnage qu’on pourrait croire sorti d’un roman de Stephen King. Le moment vient alors de se souvenir que l’auteur est à l’origine de l’adaptation pour la télé américaine de The Kingdom de Lars von Trier, L’hôpital et ses fantômes en français… Evidemment.
Même si la matière ne manque pas, bouclons ainsi la boucle des analogies pour éviter de tomber, à notre tour, dans le travers du petit jeu des ressemblances qui confine à l'hallucination lorsqu'il consiste à interpréter les intentions de l'auteur. L'exercice pourrait laisser penser que Les collines de Waverly est une compilation de séquences qui ont marqué les esprits. Au contraire, ne boudons pas notre plaisir, il est mieux que cela.
A l’aise dans ce registre, jouant habilement avec ses codes sans être étouffé par le respect sincère qu’il lui porte, Christophe Bec insuffle une âme à son histoire. Alors qu'on pouvait lui reprocher parfois trop de distance et de froideur, comme dans Le temps des loups par exemple. Le rôle joué par Stefano Raffaele dans cette réussite est évidemment perceptible : trait réaliste sans fioritures ni effets esthétisants mais une dynamique incontestable alors que l’action pure n’est pas la caractéristique principale de cette légende contemporaine qui déroule sa trame d’une linéarité finalement effrayante. Le passage mettant en scène le neurologiste qui tombe dans la caricature mis à part, le conte - horrifique - est bon.
Waverly Hills Sanatorium, capitale de l’Enfer ? « L’important n’est pas de savoir où l’on est, mais ce qui nous y attend » dit le vieux George à celle qu’il qualifie d’ange. Pour reprendre, sur le mode de l’à peu près, un tub(e h)ard bien connu des poumons d’acier : Welcome home (Sanatorium).
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