Chronique : Pourquoi j'ai tué Pierre

Par L. Cirade le 16/11/2006

© Delcourt /Ka/Alfred 2006
  • Pourquoi j'ai tué Pierre
  • Ka, Olivier
  • Alfred
  • Meunier, Henri
  • Delcourt
  • 09/2006
  • 2-7560-0380-8
  • 112
  • 17445 fois
 
Olivier est un garçon comme les autres. Il s’interroge parfois sur ce qui oppose ses grands-parents et ses parents à propos de la religion. Les uns souhaitent – et obtiennent - qu’il reçoive une éducation religieuse, les autres, adeptes de l’ambiance baba cool, prônent une attitude libertaire et permissive. Dans ce contexte, le tabou de la nudité, Olivier ne le connaît pas vraiment. A 12 ans, il part en colonie de vacances. Là Pierre, un curé qui a gagné l’amitié et la confiance du jeune garçon et de sa famille, lui demande de toucher son corps. Olivier ne sera ni violé ni abusé, mais cet évènement marquera son existence à jamais…

C’est avec un peu d’appréhension qu’on aborde cet album, parce qu’on en connaît le sujet. Parce que connaître le sujet abordé ne veut pas dire qu’on connaît le traitement qu’on lui a réservé, la nausée et une forme de voyeurisme pouvant être au rendez-vous en cas d’échec. C’est sur la pointe de pieds qu’on peut entrer dans ce Pourquoi j’ai tué Pierre, plutôt craintif de ce qu’on va y trouver.

Bien vite, on est rassuré. L’époque, l’ambiance, l’innocence, la légèreté font leur œuvre. De quoi être mis en confiance, comme le jeune Olivier. Le pressentiment de ce qui va arriver n’a pas disparu mais il est mis en sommeil. Baignées dans la béatitude communicative, les défenses se relâchent. Puis le rythme s’accélère, ponctué par les interludes « j’ai tué Pierre parce que j’ai xx ans » qui se font plus fréquents. L’insouciance s’estompe à mesure que les conséquences de la trahison de l’innocence et la portée de l’acte se font plus prégnants. En dire plus, en particulier sur le dernier tiers du livre, ce serait trop en dire et peut-être céder à une interprétation à coup sûr maladroite si elle est mal exprimée. Ce qui est inutile et probablement dangereux tant les mots peuvent être piégeurs. Quand on reste sans voix, mieux vaut peut-être ne pas chercher à paraphraser celui qui a décidé de rompre le silence.

Ce qui fait la force, et la cruauté évidemment, de ce récit c’est son authenticité, admirablement servie par une présentation d’une clarté (un sang-froid ?) exemplaire. C’est aussi cette mise en images et en couleurs étourdissante de simplicité apparente, d’audace, qui a su transcrire les changements d’époque, les tempêtes intérieures, la candeur, la rage. Elle sait être pudique, respectueuse, violente, noire. Elle sait rassurer, mettre en confiance, asséner des coups, s’éloigner de la réalité ou au contraire coller les pieds au sol et priver d'échappatoires. Le fruit d’une complicité, d’une osmose évidente entre les auteurs.

Indiscutablement une œuvre marquante et un des meilleurs albums de l’année, de la décennie...
L. Cirade

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Extrait : Pourquoi j'ai tué Pierre  Delcourt © Delcourt
Ka/Alfred 2006
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