Passons rapidement sur le fait qu’à l’origine cette histoire est le scénario d’un film, signé par les mêmes auteurs, sorti discrètement en début d’été 2006 en France. Apparemment, le long métrage s’est fait malmener par un certain nombre de critiques soulignant une approche trop gentille et consensuelle. Un comble lorsque l’on souhaite mettre un coup de projecteur sur l’exploitation des sondages d’opinion et leurs dérives ? On lui a aussi reproché d’être une « succession de vignettes à vocation cocasse ». Et pourquoi pas, puisque ce que nous on aime c’est la BD avec ses séries de cases.
Alors ce Comme tout le monde est-il une chronique au vitriol contre la société de consommation, l’abrutissement des masses par les médias et leurs commanditaires que sont les marques ? Ou encore contre le politiquement correct, l’arrivisme et une certaine forme de bêtise ? Pas vraiment en fait, la satire est plutôt une fable douce amère un peu conformiste, qui compose avec les stéréotypes et les idées reçues autant qu’elle les dénonce. Il n’y a pas de place pour l’ambigüité : les méchants sont nombrilistes, méprisants et pourris, le héros est naïf, fragile et en plus issus d’une minorité visible. Le concept de « ligne claire » s’applique cette fois au scénario.
Et pourtant l’apologue gentillet cousu de fil blanc passe sans encombre. Bien construit, il déroule son discours avec fluidité, les enchaînements sont bien huilés et la « révélation » passe naturellement. C’est sans doute parce que l’ensemble bénéficie du trait de Rudy Spiessert qui est décidément très à l’aise pour illustrer ces histoires contemporaines de gens ordinaires. Le Stéréo Club (Dargaud) en avait déjà donné la preuve. Sa patte est parfaitement identifiable et la tentation de rapprocher son style d’un « Dupuy-Berbérian ayant rencontré les hachuristes de la Nouvelle vague » (bien sûr que c’est n’importe quoi, comme tous les inévitables rapprochements taillés à l’emporte-pièce) est un lointain souvenir. Si les personnages sont aériens, les situations de comédie légères et les coups de griffes si peu crispants, il y est à coup sûr pour beaucoup. Sa mise en scène est réussie.
N’attendez pas de voir Comme tout le monde sur écran et jetez un œil sur cet album. D’autant plus qu’on nous assure que l’histoire commence un peu avant et s’achève un peu après celle proposée par le film, et que les relations entre les personnages y sont plus développées. La BD aurait-elle réinventé le director’s cut ?
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