Attention cette chronique dévoile en partie les ressorts de l’intrigue
Après le très bon Promenade des anglaises, Sfar, Tanquerelle et Walter reviennent aux affaires et reprennent les aventures du tératologue sur le même ton. L’entame de l’album est sombre et convaincante à souhait avec pour point d’orgue une case en pleine page où Bell assène des coups de cendrier à l’un de ses élèves nommé Conan Doyle. Un choc qui répondra aux attentes des plus exigeants amateurs. Mais un scénario signé Sfar n’a rien d’une route tranquille et celui-ci ménage encore quelques surprises.
Premier changement de cap avec cette balade irlandaise à vélo, en danseuse entre la comédie assise sur des dialogues drolatiques du trio Ossour-Eliphas-Joseph (tentons d’humaniser le personnage) et le genre fantastique peuplé de créatures de la nuit. C’est fantaisiste, plaisant, ça fonctionne. Et puis, l’ornière. Avec ce qui ressemble à un déraillement à l’occasion d’une nouvelle pleine page qui n’est pas sans rappeler l’univers de Fred cher, entre autres, au scénariste. Voici appelé à la rescousse l’oublié Pétrus Barbygère, l’elficologue, pour une scène flirtant avec le registre propre au Minuscule Mousquetaire. Déstabilisant. Au moins autant que l’approche du thème du rajeunissement subi annoncé depuis fort longtemps pour Grand/Petit Vampire mais qu’on ne s’attendait pas à trouver ici. Au point de se demander si l’auteur osera montrer un jour la métamorphose de Fernand et risquer ainsi la redite. Perturbant.
Une fois encore les personnages de la galerie sfarienne interagissent et le récit donne l’impression d’être morcelé. Difficile de s’y faire, surtout lorsque l’introduction laissait espérer cette fois un authentique monument. Rien à reprocher en revanche au travail de Walter, qui sait composer à merveille avec les variations de styles du dessin, ni à celui de Tanquerelle qui, est-il nécessaire de le rappeler, montre qu’il est définitivement imprégné de l’esprit de la série. A tel point que pour certaines cases, en particulier les plus obscures privilégiant les traits forts esquissés plutôt que les détails, la question de savoir s’il s‘agit de mimétisme ou d’écriture automatique se pose, tant on croit retrouver la patte si spécifique du créateur du Professeur. Pour un peu, de quoi voir du surnaturel partout…
Les personnages de Joann Sfar voyagent avec lui. Après cette escapade en Emeraude, il est probable que Bell soit amené à visiter l’Ecosse. Pourquoi pas ? Si seulement tout pouvait être tiré d’un même bloc.
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