Après une couverture sombre et pas forcément avantageuse au regard du contenu, un remerciement de l’éditeur à Juanjo Guarnido « pour sa relecture éclairée » nous met l’eau à la bouche dès la page de garde : actuellement, on ne peut rêver plus belle garantie en matière de qualité graphique. Et de fait, malgré un univers moyennageux austère, très éloigné du polar noir, c’est vrai qu’on tombe très vite sous le charme de ces planches magnifiques qui partagent avec Blacksad un sens aigu de la lumière et du jeu sur les couleurs. C’est d’ailleurs le seul point commun et on oublie aussitôt la référence, pour se focaliser sur un style particulier qui n’est pas sans rappeler les peintres flamands. Certains vignettes sont réellement somptueuses et méritent à elles seules le détour, avec toutefois un trait plus épais qui convient mieux aux décors qu’aux personnages. Ceux-ci sont il est vrai particulièrement laids, et s’accordent bien avec une ambiance lourde et mystérieuse qui est sans conteste le point fort cet album sur le plan narratif.
Certains préfèreront les intérieurs faiblement éclairés à la flamme, d’autres les constrastes spectaculaires entre les couleurs froides de la forêt et l’apparition entre les feuillages du château aux tons orangés… mais qui pour s’attarder sur l’histoire ? Sans qu’on remarque réellement l’absence d’action dans les deux premiers tiers tant l’univers mystérieux s’installe avec le rythme adéquat, la soudaine précipitation des événements, les initiatives de personnages qui n’avaient jusqu’alors qu’un rôle figuratif, et surtout le terme brutal de ce one-shot sortent le lecteur de la douce torpeur dans laquelle le dessin l’avait à lui seul installé, avec un fort goût d’inachevé. Dès lors, à quoi bon ajouter quelques planches baptisées « enluminures »qui montrent les essais de couleur, d’ailleurs très peu éloignées du résultat final, quand on aurait préféré que les pages supplémentaires profitent à une intrigue plus consistante, qui aurait bien mieux mis en valeur les qualités artitistiques de Raquel Alzate ?
Quel dommage finalement de rester sur un sentiment mitigé après de telles promesses dans la première partie. Comme souvent dans la collection Long Courrier, La Croix du Sud est un album qui mérite d’être découvert. Mais il vaut mieux avoir dès le départ à l’esprit que l’histoire est secondaire afin de ne pas éprouver la déception d’un fin abrupte. Et on ne manquera pas désormais de suivre le parcours de la dessinatrice…
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