- Entre deux averses
- Le Roux, Arnaud
- Laurent, Marion
- Laurent, Marion
- Futuropolis
- 02/2006
- 2-7548-0054-9
- 66
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Marion Laurent, aidée par Arnaud Le Roux, redonne ainsi la vie à sa grand-mère. Une femme comme certainement beaucoup d'autres, qui n'a en soit rien fait d'extraordinaire si ce n'est d'avoir traversé un siècle de notre Histoire, avec tout ce que cela implique de changements, d'espoirs et de désillusions, de bonheur et de tristesse. La singularité du récit vient de la multiplicité des narrateurs : le lecteur ne partage l'existence de Giuseppina qu'à travers des témoignages brefs d'une ou deux planches de personnes très variées, allant d'un instituteur ou d'un voisin d'enfance, à titre posthume, à ses deux maris, ses enfants et petits enfants dont Marion. Une approche originale et intéressante qui laisse pourtant assez indifférent. On regrettera par exemple le ton général extrêmement neutre et froid, ne laissant paraître aucune émotion. Et puis d'une certaine manière, nous nous immisçons dans la vie de cette femme qui n'a rien demandé à personne comme si nous étions des voyeurs à l'affût du moindre "on dit" à son sujet. Une impression étrange en complet désaccord avec l'objectif parfaitement louable de partir à la recherche de ses racines familiales et d'ainsi lutter contre l'indifférence et l'oubli si présents dans notre société.
C'est également Marion Laurent qui dessine ce récit. Parler d'illustration serait même peut-être plus adéquat car il n'y a pratiquement pas de bulles, la quasi-totalité des textes étant en voix off. Les cases sont un peu comme des photos, des clichés pris à divers moments de l'existence de Guiseppina, même les plus anodins. Une impression accentuée par le côté très figé des personnages et l'uniformité des couleurs dans des tons sépia, donnant à l'ensemble un air de vieilles cartes postales.
Entre deux averses laisse une impression assez mitigée. C'est un exercice qu'on ne peut qu'encourager car il y a un vrai travail, que ce soit sur le plan personnel ou artistique, mais le résultat n'est malheureusement pas totalement convaincant.
Par Léga

Pendant tout le vingtième siècle, durant ses quatre-vingt et quelques années de vie, Giuseppina n'est pas réellement sortie du lot. Elle a été la même femme que les autres, jeune avant la guerre, résignée à la fin, coincée entre modernité et tradition. Abandonnée par sa mère qui l'avait conçue "dans le péché", accueillie par une tante qui vit dans la campagne italienne, abandonnant son premier mari impuissant, accueillant la famille du second... Elle aura élevé quatre enfants avec un homme absent, comme tant de nos aïeules. Et vieillie, puis veuve, elle a pris sa revanche.
Souvent, on considère toutes les femmes des années cinquante comme des battantes, des personnages extraordinaires que rien n'atteint. Arnaud Le Roux, lui, décrit une vraie femme, pas un mythe. Et du coup, peu importe qu'elle soit la grand-mère de Marion Laurent : elle devient un peu toutes les grands-mères. A travers des petites interviews imaginaires de personnages disparus, les auteurs dressent un panégyrique. Reste à la famille, bien vivante elle, à se remémorer tous les défauts, sautes d'humeur, méchanceté... oublis souvent. Les deux faces de Giuseppina sont étudiées au microscope, à travers des souvenirs que la vieille dame amnésique ne maîtrise plus.
Marion Laurent a choisi la simplicité d'une bichromie pour raconter cette histoire très linéaire. Les personnages, presque naïfs, ne cherchent pas à voler la vedette au texte. Ils ne sont presque là que pour l'illustration, et c'est une des particularités de cet album que de présenter un dessin quasiment redondant par rapport aux bulles et aux cartouches. Marion Laurent ne cherche pas à en rajouter, à dire d'autres choses. Elle montre ce qui est dit, renforçant singulièrement l'impact de la narration.
Entre deux averses n'est pas un album qui se regarde, c'est un album qui se lit. Il va du particulier vers le général, avec comme point de départ ces épreuves que sont les visites en maison de retraite. C'est peut-être, depuis la "renaissance" de Futuropolis, l'album qui touchera le moins facilement. Mais il nous parle cependant à tous, car qui n'a pas connu de Giuseppina ? Et qui n'a jamais voulu retracer une mémoire perdue ?
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