Replaçons-nous dans le contexte : Les Nombrils vise un public qui n'a pas encore passé le brevet des collèges. Dans cette optique, il faut lui concéder une justesse de ton qui fera frémir toutes ces demoiselles. On se croirait réellement de retour dans la cour de récréation, quand Machinette écrivait des lettres anonymes à Truc, et que Bidule devenait la coqueluche de ces dames rien qu'en arborant la même paire de baskets qu'une célébrité. Toute la méchanceté, la dérision et le fiel de cette époque sont là. On regrettera peut-être de ne pas y retrouver la tendresse, parfois, mais ce n'est probablement pas le but de ce genre de séries. En tout cas le titre, Pour qui tu te prends, décrit à merveille la relation dominant dominée des trois copines, les deux jolies et le faire-valoir. Et loin de toute morale rose-bonbon, le comportement des deux pestes n'est absolument pas puni. La rédemption, dans la vie de tous les jours, c'est rare.
Graphiquement, deux écoles s'opposent. La première s'exclamera : "Quelle horreur!" et la deuxième "Quelle efficacité!". Delaf a trouvé le trait le plus à même de faire mouche, de faire rire nos chères têtes blondes. Pantalons taille basse et strings taille haute, mini-tops et seins pigeonnants pour les filles, baggys, colonnes vertébrales en forme de S et nez démesurés pour les garçons. Exactement ce que l'on voit dans la rue, et les réactions des adultes sont les mêmes : "mini-jupes et mini-hauts interdits dans l'enceinte du collège" essaient-ils maladroitement d'expliquer. Peine perdue. Les Nombrils de l'album, comme ceux de la réalité, n'en ont cure et préférent des têtes bien faites à des têtes bien pleines.
Delaf et Dubuc réussissent le pari difficile de retracer la réalité des collèges sans tomber dans la veine Titeuf, et de plaire aux enfants tout en ne déplaisant pas à leurs parents. On regrettera seulement que la publication en album fasse perdre aux planches hebdomadaires de Spirou une partie de la fraîcheur qu'on leur connaissait. Mais cela vaut probablement mieux que l'oubli constaté sur un certain nombre de séries prépubliées et jamais éditées.
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