Cette série, c’est une sorte de piège. Pas de destin hors du commun, pas de souffle épique, pas de passion excessive pour la forme et le fond. Pourtant, une fois le nez dedans (cet appendice que l’auteur ne néglige jamais tant la palette de « tarins remarquables » est soignée), on n’en sort pas. Sans savoir réellement pourquoi. Une touche de vécu ? Un soupçon de voyeurisme ? Un brin de moquerie facile envers les personnages ? Une sorte de lecture automatique répond à une sorte d’écriture automatique. Le véritable point fort de Riad Sattouf, c’est une facilité d'écriture (seulement apparente ?) qui fait que tout coule de source, les quelques flash-back jetés ici et là n’altérant en rien cette impression d’être sur les rails du récit de la première planche jusqu’à son terminus. Dans une moindre mesure, c’est aussi ce dessin qui privilégie l’essentiel mais là, difficile d’en faire une référence pour autant.
Pour le reste, ce 3ème volet reste en terrain connu, finalement assez loin des « Jolis pieds de Florence » et de la maladresse de son personnage principal, à l’origine plus touchante que ridicule. Ados attardés perclus de névroses et de fantasmes banals qu’ils semblent avoir troqués, un pour un, contre leurs anciens boutons d’acné (ici, le terrain de jeu c’est un club échangiste). Dénonciation sans acidité excessive de certains milieux professionnels (là, la rédaction d’un magazine Jeunesse). Caricature des travers des trentenaires qui les peuplent (l’initiation à la danse africaine, « l’esprit » des créatifs, la faune des cocktails mondains). Immersion de personnages dans un autre milieu social pour créer un décalage propice aux situations humoristiques (Jérémie dans le 16ème). Voilà pour l’inventaire.
Et finalement comment ne pas penser à ces saynètes mises en musique, en vogue depuis quelques temps, qui réjouissent par leur a propos ou font bailler pour leur platitude. Elles sont la marque de fabrique d’une certaine « nouvelle chanson française ». Quand c’est frais, drôle et bien écrit, on a Jeanne Cherhal en tête. Riad Sattouf, lui, à sa manière et en écorchant une frange de public qu'ils ont peut-être en commun, rend hommage à Vincent Delerm (qu’on n’est pas obligé d’écouter en lisant l’album). Mais Delerm pourrait-il parler de Riad Sattouf ?
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